Hypnose pédiatrique : le parcours de Joëlle Priour
Récit de rencontre par Pauline MAIRE, chargée d’ingénierie et de sécurisation des parcours professionnels.

De l’anesthésie à l’hypnose : le parcours de Joëlle, au service de la douleur pédiatrique
Infirmière anesthésiste aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Joëlle a découvert l’hypnose presque par hasard, au début des années 2010. Une formation qui a profondément transformé sa pratique professionnelle, mais aussi son rapport aux patients, à la communication et à elle-même.
Une rencontre avec l’hypnose presque par hasard
Joëlle vient de prendre sa retraite après une carrière entièrement consacrée aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Après deux années en réanimation à l’ancien hôpital civil, elle rejoint l’école d’infirmières anesthésistes puis exerce à Hautepierre, d’abord en neurochirurgie avant de rejoindre la chirurgie pédiatrique.
C’est dans cet environnement qu’elle découvre l’hypnose analgésique, au début des années 2010. À l’origine de cette découverte : une proposition d’un chirurgien de son unité, qui avait eu l’occasion de découvrir cette technique à l’hôpital Necker.
« Je suis allée comme ça un petit peu à la découverte et ça a été vraiment un grand, grand bouleversement tant dans ma vie professionnelle que personnelle. »
À cette époque, Joëlle ne connaît pratiquement rien à l’hypnose médicale ou à son utilisation auprès des enfants. Elle se lance sans a priori, portée avant tout par la curiosité et l’envie de découvrir une nouvelle approche du soin.
Une formation qui privilégie la pratique
La formation qu’elle suit à Strasbourg repose alors sur un fonctionnement en plusieurs temps, avec une semaine par mois et des échanges autour de différentes thématiques, notamment la douleur aiguë puis la douleur chronique.
Ce qui la marque particulièrement, c’est la place accordée à la pratique. Pour Joëlle, cette dimension est essentielle : apprendre une technique de communication implique aussi de pouvoir l’expérimenter.
« Avec très rapidement une pratique, une pratique de l’hypnose. Ça, je trouvais que c’était très, très bien. »
Elle retient également la qualité des échanges et de l’enseignement. Une formation qui ne se contente donc pas de transmettre des connaissances, mais qui invite chacun à trouver sa propre manière de pratiquer.
Joëlle poursuivra ensuite son parcours avec d’autres formations, notamment autour de l’hypnoanalgésie pédiatrique et de la douleur chez l’enfant, afin d’approfondir ses connaissances et de consolider le projet qu’elle souhaite développer à l’hôpital.
Faire entrer l’hypnose au bloc opératoire
À la fin de sa formation, Joëlle présente rapidement son projet au chirurgien responsable de l’unité de chirurgie pédiatrique. Elle obtient l’adhésion des chirurgiens, puis des anesthésistes et de ses cadres.
Commence alors un important travail de préparation et d’information : expliquer ce qu’est l’hypnose, ce qu’est l’hypnoanalgésie et comment elle peut être utilisée auprès des enfants.
« Ça a été vraiment un long travail d’information au niveau des équipes chirurgicales, au niveau des équipes du bloc opératoire, au niveau de mes collègues infirmiers, médecins, anesthésistes. »
Progressivement, la pratique s’installe. Des prises en soin sont proposées, l’hypnose est utilisée au bloc opératoire et les retours sont encourageants, aussi bien du côté des enfants et de leurs parents que des professionnels.
Le projet évolue ensuite : une consultation d’hypnose préanesthésique est mise en place et d’autres professionnels sont formés à leur tour.
Quand une formation transforme tout un environnement
L’impact du projet ne s’arrête pourtant pas à la pratique de l’hypnose. Pour Joëlle, cette nouvelle approche a progressivement fait évoluer l’environnement même du bloc opératoire.
Les espaces sont repensés pour être plus accueillants pour les enfants : fresques murales, décorations saisonnières, accueil plus ludique, chemin aménagé entre l’unité ambulatoire et le bloc… Des petites voitures permettent également à certains enfants de rejoindre le bloc autrement.
Plus récemment, des capes inspirées des costumes de super-héros sont proposées aux enfants avant leur entrée au bloc.
L’objectif est simple : mobiliser leur imagination et les aider à vivre ce moment avec davantage de confiance.
Joëlle décrit cette évolution comme « une espèce de toile d’araignée » qui, à partir de l’hypnose, a progressivement investi tout l’espace de la chirurgie pédiatrique.
Mais elle insiste sur un point essentiel : un tel projet ne peut pas reposer sur une seule personne.
« Maintenant, seule, je n’aurais pas pu faire grand-chose. »
Pour elle, il faut parfois un premier moteur, quelqu’un qui ose lancer une idée. Mais il faut ensuite toute une équipe pour la faire vivre, l’adapter et la faire évoluer.
Des situations où l’hypnose change réellement l’expérience du soin
Au bloc opératoire, Joëlle utilise notamment l’hypnose avant l’anesthésie pour aider les enfants à se détendre. Elle pratique également des séances complètes lors d’interventions sous anesthésie locale.
Elle évoque notamment le cas d’enfants de 8 à 10 ans pour lesquels une intervention sous anesthésie locale pouvait devenir difficile à gérer lorsque l’anxiété et la panique s’installaient.
L’hypnose a permis, dans certaines situations, de réaliser ces interventions sans recourir à une anesthésie générale, avec à la clé un réveil et une sortie de l’hôpital plus rapides.
Elle a également accompagné des enfants confrontés à des douleurs chroniques, parfois dans des contextes particulièrement difficiles.
Certaines prises en charge lui restent profondément en mémoire : des enfants qui souffraient depuis plusieurs mois et dont la douleur avait progressivement envahi la vie quotidienne.
« Grâce à l’hypnose, on a pu sortir cet enfant de cette spirale et il a pu retrouver une vie normale. »
Pour Joëlle, les bénéfices ne concernent alors pas uniquement l’enfant. Lorsque celui-ci peut retourner à l’école, retrouver une vie sociale et que toute l’organisation familiale cesse de tourner autour de la douleur, c’est l’équilibre de la famille entière qui peut évoluer.
Une relation différente avec les enfants et leurs parents
La pratique de l’hypnose a également modifié la relation entre Joëlle, les enfants et leurs parents.
Au fil des séances, une relation de confiance et de respect s’installe. Les parents peuvent parfois assister aux séances réalisées dans les unités de soins, ce qui permet aussi de démystifier la pratique.
Au début, certains rapprochent naturellement l’hypnose médicale de l’hypnose de spectacle. Joëlle prend alors le temps d’expliquer la différence et les invite à rester pour observer.
« Moi, je ne fais pas de l’hypnose de spectacle, je fais de l’hypnose de soin. »
Cette transparence participe, selon elle, à créer un climat de confiance. Et même lorsque l’hypnose ne fonctionne pas, Joëlle constate que l’expérience est généralement bien accueillie.
Une formation qui a aussi transformé Joëlle
Si l’hypnose a profondément modifié sa pratique professionnelle, elle a également ouvert quelque chose de nouveau dans son rapport aux autres.
En tant qu’infirmière anesthésiste, le contact avec le patient au bloc peut parfois être très court. La formation lui a appris à prendre davantage le temps de découvrir la personne derrière le patient : ses goûts, ses passions, ses centres d’intérêt.
« Ce n’est pas parce que je fais de l’anesthésie que je ne peux pas prendre le temps de discuter avec lui et de savoir un petit peu comment il se sent. »
Cette évolution s’est également ressentie dans sa vie personnelle. Joëlle explique avoir trouvé plus facilement les mots, développé sa capacité à communiquer et découvert une forme de liberté dans l’expression.
Grande lectrice, elle fait aussi le lien entre les mots qu’elle a rencontrés au fil de ses lectures et ceux qu’elle utilise désormais dans ses séances.
Cette ouverture l’a ensuite amenée à s’intéresser à d’autres approches, comme la sylvothérapie, le toucher réconfort ou encore différentes pratiques liées au bien-être.
Continuer à transmettre
La crise du Covid a temporairement ralenti le développement du projet. Pendant près de deux ans, les séances complètes d’hypnoanalgésie ont été fortement réduites, dans un contexte où les équipes étaient mobilisées par l’urgence des soins.
Mais pour Joëlle, un projet ne disparaît pas parce qu’il traverse une période de ralentissement. Il évolue, change de forme et doit pouvoir être porté par de nouvelles personnes.
Aujourd’hui retraitée, elle poursuit pourtant la transmission de son expérience. Elle intervient dans différentes écoles paramédicales et auprès d’étudiants autour de l’hypnoanalgésie pédiatrique, de la douleur et de la communication positive.
Car c’est peut-être là ce qu’elle retient le plus de son parcours : une formation peut permettre de sortir de son cadre et de porter un regard différent sur son métier et sur les relations humaines.
« Ça vous donne un autre regard sur votre profession et sur votre communication et la relation aux autres. »
Et à celles et ceux qui hésitent encore à se lancer, son conseil est sans détour :
« Il faut y aller, il faut y aller. Il ne faut pas… C’est une formation où il faut se dépasser un peu, il faut oser. »
Pour Joëlle, l’enjeu dépasse finalement l’acquisition d’une technique. Il s’agit aussi de révéler ce que l’on porte déjà en soi, parfois sans encore savoir comment l’exprimer.
« Que ça nous fasse du bien à nous, c’est bien. Mais que ça nous fasse du bien aux autres, c’est le but. »
Se former à l’hypnose
Le DU Hypnose et prise en charge de la douleur est proposé par le Service Formation Continue de l’Université de Strasbourg.
📞 Pour toute question à propos de cette formation, contactez : Sophie GUY | Coordinatrice formations
