DU Hypnose : le parcours de Raphaëlle Charton, kinésithérapeute

Récit de rencontre par Pauline MAIRE, chargée d’ingénierie et de sécurisation des parcours professionnels.

DU Hypnose : le parcours de Raphaëlle Charton, kinésithérapeute

Kinésithérapeute spécialisée en rééducation périnéale, Raphaëlle Charton accompagne notamment des patients souffrant de douleurs chroniques en périnéologie. Pour enrichir sa pratique, elle a choisi de suivre le Diplôme Universitaire (DU) Hypnose. Une formation qui a fait évoluer sa manière de communiquer avec ses patients et lui permet aujourd’hui d’intégrer l’hypnose à ses prises en charge, tout en développant une pratique dédiée.

Pourquoi une kinésithérapeute choisit-elle de se former à l’hypnose ?

Raphaëlle Charton exerce comme kinésithérapeute à Strasbourg, avec une spécialisation en rééducation périnéale. Une part importante de son activité concerne les douleurs chroniques en périnéologie.

C’est dans ce contexte professionnel qu’elle s’intéresse à l’hypnose. Plusieurs éléments l’ont conduite à choisir le DU Hypnose : le contenu de la formation, son organisation en plusieurs modules et la possibilité de la suivre en présentiel à Strasbourg.

Après avoir déjà suivi une autre formation universitaire à Paris, la proximité géographique représente également un avantage important.

Mais au-delà de ces aspects pratiques, c’est surtout la possibilité d’acquérir de nouveaux outils pour sa pratique qui la motive.

L’hypnose apparaît ainsi pour Raphaëlle comme un complément à la kinésithérapie, particulièrement intéressant dans l’accompagnement de patients confrontés à des douleurs chroniques.

Une formation très pratique, qui prend tout son sens avec l’expérimentation

L’un des aspects qui a le plus marqué Raphaëlle dans le DU Hypnose est son caractère pratique.

La formation demande d’abord de prendre le temps d’acquérir les bases et de comprendre les mécanismes de l’hypnose. Puis, progressivement, vient le moment où les apprentissages peuvent être expérimentés.

Pour Raphaëlle, un véritable déclic intervient entre les troisième et quatrième modules.

« On se rend compte que ça fonctionne et que c’est chouette. »

Elle explique que les premiers modules peuvent donner l’impression de ne pas avancer suffisamment vite. Pourtant, cette phase est essentielle pour construire les compétences nécessaires à la suite.

Puis vient une véritable bascule : ce qui a été appris pendant la formation commence à être utilisé dans la vie professionnelle, avec de vrais patients.

« C’est vraiment une phase de déclic. »

C’est précisément cette articulation entre apprentissage et mise en pratique que Raphaëlle apprécie dans le DU.

Intégrer l’hypnose dans les séances de kinésithérapie

Aujourd’hui, l’hypnose fait pleinement partie de sa pratique professionnelle.

Raphaëlle l’utilise de deux manières : directement au cours de ses séances de kinésithérapie, notamment grâce à l’hypnose conversationnelle, mais également lors de séances consacrées spécifiquement à l’hypnose.

« Je fais de l’hypnose conversationnelle à chacune de mes séances et je fais en parallèle des séances d’hypnose. »

Elle a ainsi développé une véritable pratique complémentaire, avec une journée par semaine actuellement consacrée à l’hypnose.

Cette organisation lui permet de conserver son activité de kinésithérapeute tout en proposant une prise en charge différente aux patients qui en ont besoin.

Pour Raphaëlle, l’objectif n’est donc pas de remplacer la kinésithérapie par l’hypnose, mais bien de faire dialoguer les deux approches.

Des effets sur la prise en charge des patients

L’intégration de l’hypnose a également modifié la manière dont Raphaëlle accompagne ses patients.

Elle observe notamment une évolution dans la durée de certaines prises en charge. Pour illustrer cet effet, elle évoque une rééducation qui nécessitait auparavant environ douze séances et qui peut désormais être terminée en huit séances, alors que l’hypnose constitue le principal changement dans sa pratique.

Au-delà de la durée des soins, elle constate surtout que l’hypnose facilite la communication avec les patients et peut agir comme un véritable « booster-accélérateur » dans la prise en charge.

Même lorsqu’une personne ne réalise pas de séance d’hypnose formelle, les techniques de communication inspirées de l’hypnose peuvent modifier son expérience des soins.

« Je trouve qu’il y a quand même une différence pour les patients. Une différence dans le ressenti et dans la suite de la prise en charge. »

Accompagner les patients souffrant de douleurs chroniques

La pratique de Raphaëlle est particulièrement tournée vers les patients douloureux chroniques.

Elle ne présente pas l’hypnose comme une solution miracle : l’objectif n’est pas de faire disparaître instantanément la douleur.

En revanche, elle permet aux patients d’expérimenter un autre rapport à leurs sensations et de retrouver des moments d’apaisement.

Un autre objectif important de son accompagnement est de transmettre aux patients des outils d’auto-hypnose.

L’idée est de leur permettre de retrouver de manière autonome cet état particulier expérimenté pendant la séance.

« Le gros intérêt, c’est surtout qu’on essaie de les former à l’auto-hypnose derrière et qu’ils retrouvent ce genre de sensation en autonomie à la maison. »

Pour les personnes confrontées à des douleurs chroniques, cette autonomie représente un enjeu particulièrement intéressant dans la continuité de l’accompagnement.

Une formation qui fait évoluer la posture professionnelle

Pour Raphaëlle, l’apport du DU Hypnose ne se résume toutefois pas à l’acquisition d’une nouvelle compétence.

La formation a également fait évoluer sa posture professionnelle, notamment dans sa manière de communiquer avec les patients.

Elle insiste sur un point : l’hypnose permet de repositionner davantage le patient en tant que personne au sein de la relation de soin.

Elle donne l’exemple d’une prise en charge qui pourrait facilement réduire une personne à son problème médical. L’approche développée pendant le DU invite au contraire à regarder d’abord la personne dans sa globalité.

« Ça repositionne le patient en tant que personne dans la relation. »

Cette évolution du regard sur le patient constitue pour elle l’un des apports majeurs de la formation.

Une pratique aujourd’hui bien accueillie par les professionnels de santé

Raphaëlle partage également son expérience avec d’autres professionnels de santé, notamment dans le cadre des réseaux professionnels strasbourgeois et des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS).

Elle constate que la formation et la pratique de l’hypnose sont globalement très bien perçues par les professionnels avec lesquels elle échange.

Elle observe même que les professionnels de santé qui lui adressent des patients sont parfois moins inquiets que les patients eux-mêmes lorsqu’il s’agit de découvrir l’hypnose.

Cette évolution s’inscrit également dans un contexte où la pratique fait l’objet de travaux et d’une littérature scientifique qui se développe, ce qui contribue à mieux faire connaître l’hypnose auprès des professionnels de santé.

L’hypnose comme complément, pas comme remplacement

Pour Raphaëlle, l’avenir de sa pratique se situe clairement dans la complémentarité.

Elle envisage de développer progressivement son activité d’hypnose, avec l’objectif de passer éventuellement d’une journée par semaine à deux demi-journées.

Mais elle ne souhaite pas abandonner la kinésithérapie.

« Pour moi, c’est un bon complément à la rééducation. Mon rôle de rééducateur, je veux quand même le garder. »

Cette complémentarité lui permet également d’élargir les possibilités d’accompagnement. L’hypnose peut notamment permettre de proposer des suivis différents et parfois moins longs que certaines prises en charge en rééducation.

Pour elle, les deux pratiques s’inscrivent donc dans une véritable continuité.

Une professionnelle qui continue à se former

Le DU Hypnose s’inscrit enfin dans une démarche plus large chez Raphaëlle : celle de la formation continue.

Passionnée par l’apprentissage, elle suit plusieurs formations chaque année et envisage notamment de poursuivre son parcours avec un DU de pelvipérinéologie à Strasbourg.

Elle s’intéresse également à une formation consacrée à l’hypnose et à l’endométriose.

Cette volonté de continuer à apprendre répond aussi à la complexité des situations qu’elle rencontre dans sa pratique.

« Je fais beaucoup de cas complexes au cabinet, donc c’est quand même mieux d’avoir plutôt pas mal de bagages quand on fait du complexe que pas grand-chose. »

« S’il est prêt à prendre son temps, il faut qu’il y aille »

À un professionnel qui hésiterait à se lancer dans le DU Hypnose, Raphaëlle donnerait un conseil simple : y aller, à condition de réfléchir à la manière dont cette pratique pourra s’intégrer à son activité.

Car l’hypnose demande notamment de prendre le temps avec les patients et de leur accorder une place centrale dans la relation de soin.

« L’hypnose, c’est réapprendre à prendre son temps avec les patients. »

Pour Raphaëlle, cette approche implique donc d’accepter de modifier certaines habitudes professionnelles et, parfois, de consacrer davantage de temps à la relation avec le patient.

Mais une fois cette posture adoptée, son expérience est sans ambiguïté :

« S’il est prêt à prendre son temps, il faut qu’il y aille. »

Son parcours montre ainsi comment le DU Hypnose peut venir enrichir une pratique de santé existante, en apportant de nouveaux outils, une nouvelle posture et une autre manière d’accompagner les patients.

Pour Raphaëlle, l’hypnose n’est pas une nouvelle voie qui remplace la kinésithérapie : c’est une nouvelle corde à son arc, au service d’une prise en charge plus globale et plus personnalisée.


Se former à l’hypnose

Le DU Hypnose et prise en charge de la douleur est proposé par le Service formation continue de l’Université de Strasbourg.

📞 Pour toute question à propos de cette formation, contactez : Sophie GUY | Coordinatrice formations