Se spécialiser en IRM : pourquoi les MERM ont tout à gagner à approfondir leurs compétences

Entretien avec Philippe Choquet, Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier en Biophysique et Médecine Nucléaire (Faculté de Médecine, Maïeutique et Sciences de la Santé de l’Université de Strasbourg & Hôpitaux Universitaires de Strasbourg),
et Daniel Vetter, Président de l’association PROMI (Promotion des Méthodes d’Imagerie), Enseignant vacataire, Membre de la Commission IRM de l’AFPPE (Association Française du Personnel Paramédical d’Electroradiologie).
Le DIU MIA-IRM est placé sous la direction scientifique de Jean-Philippe Dillenseger, Maître de Conférences des Universités – Praticien Hospitalier en Radiologie (Faculté de Médecine, Maïeutique et Sciences de la Santé de l’Université de Strasbourg & Hôpitaux Universitaires de Strasbourg).
L’IRM s’est imposée comme l’une des modalités d’imagerie médicale les plus exigeantes techniquement, et les plus stimulantes intellectuellement. Pourtant, dans un contexte de pénurie de manipulateurs en électroradiologie médicale (MERM) et de polyvalence croissante imposée sur le terrain, la spécialisation en IRM tend à s’effacer au profit de la généralisation. Philippe Choquet et Daniel Vetter, qui animent ensemble les formations IRM du Service de Formation Continue de l’Université de Strasbourg, tirent la sonnette d’alarme : les bases physiques s’érodent, les protocoles se figent, et une partie des professionnels en poste perd le fil de ce qu’ils font réellement, et pourquoi ils le font.
Un marché en mutation, des compétences qui s’effacent
Le parc IRM français a considérablement augmenté ces dernières années. Nouvelle réglementation, regroupement des cabinets de radiologie, développement des structures pluridisciplinaires : l’accès à la machine s’est démocratisé, mais pas nécessairement la compréhension de ce qu’elle fait. « Avec la multiplication des appareils, on fait de plus en plus d’IRM du tout-venant, explique Philippe Choquet. L’accès a été facilité, ce qui a mécaniquement réduit la réflexion sur l’usage de la machine. »
Côté recrutement, la tension est réelle. Les jeunes MERM qui arrivent sur le marché du travail ne souhaitent plus, pour la plupart, se cantonner à une seule technique. Ils pratiquent plusieurs modalités, travaillent sur plusieurs appareils. La spécialisation IRM, autrefois portée par des profils passionnés, devient plus rare. C’est précisément ce qui rend la formation continue indispensable.
Le risque identifié par les deux formateurs est concret : « Des MERM avec quinze ou vingt ans d’expérience nous arrivent en formation en ayant oublié les bases physiques. Avec la routine, on perd le fil de comment fonctionne la machine. Et si on ne comprend pas, on peut être rapidement dépassé. »
L’intelligence artificielle en IRM : une évolution qui demande de la vigilance
L’IA s’intègre progressivement dans les workflows IRM (reconstruction accélérée, débruitage, automatisation partielle des protocoles). Tous les constructeurs majeurs s’y sont mis. Mais cette évolution n’est pas sans ambiguïté. « L’IA permet aujourd’hui de baisser la consommation énergétique des appareils, ce qui représente un vrai enjeu environnemental et économique, note Philippe Choquet. Mais elle modifie l’image produite, ce qui peut perturber les radiologues habitués à une certaine lecture. »
Pour les MERM, l’enjeu n’est pas de maîtriser les algorithmes, mais de comprendre ce que ces outils changent dans le rendu des acquisitions, afin de rester acteurs du processus plutôt que simples opérateurs de protocoles automatisés.
Sécurité en IRM : ce qu’on ne sait plus, ou pas encore
La sécurité en IRM est un domaine qui ne souffre aucune approximation. Or, c’est précisément là que les lacunes sont les plus préoccupantes. La gestion des dispositifs médicaux implantés (DMI) : pacemakers, prothèses, stents, matériaux composites, représente un défi croissant. Les dispositifs anciens qui posaient déjà problème sont encore en circulation ; les nouveaux sont de plus en plus complexes et variés.
« La réglementation en radioprotection est formalisée, des personnels sont identifiés. Mais pour la magnétoprotection, chaque équipe s’organise comme elle peut », observe Daniel Vetter. La charge repose majoritairement sur les structures publiques, et la formation des équipes sur ces questions reste insuffisamment standardisée.
Sur le plan des séquences, un autre phénomène est régulièrement observé : les protocoles sont mis en place à l’installation de la machine par l’ingénieur d’application, puis… ne bougent plus. Tant que personne dans l’équipe ne s’y intéresse, ils restent en l’état. « Les MERM qui veulent aller plus loin, on les retrouve au DIU », résume Philippe Choquet. Ceux-là existent, mais ils ne sont pas valorisés à la hauteur de leur expertise, à l’inverse de ce qui se pratique en Suisse, par exemple, où la spécialisation IRM ouvre des perspectives de carrière bien plus reconnues.
« Comprendre l’IRM sans complexe » : repartir des bases pour mieux comprendre le geste
Le stage court de 3 jours proposé par le SFC Unistra répond à un besoin précis : redonner aux professionnels en exercice les clés physiques qui donnent du sens à ce qu’ils font. Il accueille des MERM en poste, mais aussi d’autres profils : chercheurs, techniciens de laboratoire, professionnels de l’imagerie préclinique animale, pour qui l’IRM est un outil de travail sans qu’ils en maîtrisent les fondements.
Ce que les participants en retirent n’est pas une nouvelle façon de faire, mais une nouvelle façon de comprendre. « À leur retour en service, ils ne travaillent pas différemment : ils comprennent ce qu’ils faisaient par habitude, souligne Daniel Vetter. Quand une image est dégradée, ils savent identifier pourquoi et comment y remédier. C’est d’une grande satisfaction. »
La pédagogie repose sur un équilibre entre cours magistraux et quizz interactifs. Les bases physiques, présentées comme un prérequis indispensable sur lequel tout le reste se construit, sont abordées de façon à être immédiatement ancrées dans la pratique.Ces échanges enrichissent votre réflexion, vous permettent d’objectiver vos représentations et de valider (ou invalider) vos hypothèses d’orientation.
Des jeux sérieux pour apprendre autrement
L’une des singularités de ces formations est l’usage de jeux sérieux développés par les membres de l’association PROMI et, en particulier par Daniel Vetter, qui consacre aujourd’hui l’essentiel de son temps au cours et à la création pédagogique, avec une réelle passion pour le sujet. Plusieurs jeux sont déjà disponibles : « Kern Spin Académie » pour réviser l’IRM en jouant, « Une Journée en IRM » : la sécurité en IRM sur un plateau, « Hounsfield Académie » : pour réviser les concepts de la TDM, « Becquerel Académie » : dédié à la médecine nucléaire ou encore Radioanatomie Académie (pour l’anatomie) et Ratiche Académie (pour l’imagerie dentaire) ! Vous pouvez retrouver l’ensemble des jeux disponibles sur https://promi-imagerie.org/imagerie/les-jeux-serieux-pour-limagerie/.
Ces outils sont utilisés dès le premier jour à Strasbourg dans le DIU, souvent avec d’anciens titulaires qui viennent animer les séances. « Cela crée de la respiration dans la formation, et ça consolide les apprentissages d’une manière que le cours magistral ne peut pas reproduire », explique Daniel Vetter. Les jeux sont fabriqués sur mesure, avec un imprimeur belge spécialisé, et vendus à des écoles de formation et des services hospitaliers. Philippe Choquet et Daniel Vetter sont par ailleurs membres du groupe Jeu de l’ANRT (Association Nationale Recherche Technologie), qui réunit des acteurs engagés dans le développement de jeux à visée pédagogique et scientifique.



Le DIU MIA-IRM : la seule formation diplômante dédiée en France
Le Diplôme Inter-Universitaire MERM d’ingénierie appliquée en IRM (DU MIA-IRM), co-organisé par l’Université de Strasbourg et l’Université de Lorraine sous la direction scientifique de Jean-Philippe Dillenseger (Faculté de Médecine, Maïeutique et Sciences de la Santé de l’Université de Strasbourg), est à ce jour l’unique formation diplômante de ce niveau en France spécifiquement dédiée aux MERM en IRM. Il accueille chaque année plus de candidats qu’il ne peut en recevoir avec une proportion significative de professionnels suisses, signe que la formation rayonne bien au-delà des frontières alsaciennes.
Ce qui attire les inscrits n’est pas uniquement la valeur diplômante. C’est la promesse d’une communauté. « L’IRM est un défi intellectuel, dit Philippe Choquet. Les MERM qui s’y inscrivent ont besoin d’une nourriture intellectuelle. Et ils créent une vraie émulation entre eux : ils se retrouvent, partagent, gardent le lien longtemps après la formation. »
Un dispositif pédagogique sur deux sites
La formation alterne enseignements à distance, classes virtuelles, et sessions en présentiel réparties entre Strasbourg et Nancy. Le module strasbourgeois met l’accent sur le paramétrage des séquences et l’instrumentation, avec des travaux pratiques sur plusieurs appareils différents, un avantage décisif pour des professionnels habitués à travailler sur une seule machine. Découvrir d’autres constructeurs, d’autres interfaces, d’autres logiques de paramétrage permet de poser les bonnes questions à son ingénieur d’application de retour en service. Le module nancéien ouvre sur les applications avancées, la sécurité approfondie et une introduction à la démarche de recherche.
Le mémoire comme levier de changement
La formation se conclut par un mémoire, encadré par des tuteurs. Les sujets sont choisis par les apprenants eux-mêmes, souvent en lien direct avec leur pratique : consommation électrique des machines, corrélation image/température, protocoles cliniques… Les travaux sont tutorés pour rester réalistes et réalisables. Deux anciens du DIU ont même lancéun podcast à partir de mémoires de promotion. Et l’engagement ne s’arrête pas à la soutenance : un ancien stagiaire a créé un escape game dans son service pour sensibiliser les nouvelles recrues à l’IRM.
