En situation de crise, organiser les soins, c’est soigner.

Diplômes d'université 22 mai 2026
une infirmière et un ambulancier pousse un brancard

Sommaire

    Par le Professeur Olivier Collange, Chef de service Anesthésie-Réanimation et Médecine péri-Opératoire au Nouvel Hôpital Civil, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.

    Pourquoi se préparer à des situations catastrophiques ?

    Les établissements de santé doivent se préparer à des crises multiples, parfois simultanées : afflux massif de victimes, risque infectieux émergent, cyberattaque, rupture capacitaire, engagement majeur.

    Ces perspectives peuvent susciter deux réactions opposées. La première est le découragement : « de toute façon, nous serons dépassés ». La seconde est l’excès de confiance : « lors du Covid, nous avons bien su faire face ».

    Ce DU propose une autre approche.

    Oui, certains risques sont bien identifiés. Oui, les professionnels de santé ont intérêt à s’y préparer. Pour les victimes et leurs proches. Pour les équipes de soins. Pour l’ensemble de la société.

    Se préparer ne signifie pas prétendre tout prévoir. Cela signifie clarifier les rôles, tester les organisations, entraîner les équipes, identifier les fragilités et renforcer les capacités d’adaptation.

    Réfléchir à la robustesse et à la résilience de nos structures, c’est aussi affirmer le rôle sociétal des établissements de santé. En crise, l’hôpital n’est pas seulement un lieu de soins. Il devient un repère collectif, un outil de protection et un acteur structurant de la réponse à la crise.

    Comment élaborer ou améliorer le plan blanc ?

    Le DU aide les participants à élaborer ou améliorer le plan blanc de leur établissement. Chaque établissement dispose normalement d’un plan de ce type. Est-ce vraiment utile ?

    Oui. Un plan blanc n’est pas un document administratif. C’est un outil de réponse.

    Lors du DU, chaque participant confrontera le plan de son établissement aux référentiels nationaux, au dispositif ORSAN et à des exemples issus de CHU, de centres hospitaliers généraux et d’établissements privés.

    L’objectif est d’abord de situer son établissement dans la réponse régionale. Tous les établissements n’ont pas le même rôle : accueil de première ligne, appui, recours spécialisé, continuité des soins ou soutien logistique.

    L’objectif est ensuite d’adapter l’organisation interne : alerte, cellule de crise, responsabilités, flux de patients, lien avec le SAMU, lien avec l’ARS, déprogrammation, renforts, communication, continuité des soins courants.

    Améliorer un plan blanc consiste à vérifier qu’il reste opérationnel, c’est-à-dire connu des équipes, activable et testé.

    Quelle est la place des exercices, des simulations et des retours d’expérience ?

    La réflexion organisationnelle et l’élaboration des plans sont nécessaires. Elles ne suffisent pas.

    La gestion de crise s’apprend aussi par l’exercice, la simulation et le retour d’expérience. Lors du DU, ces différentes modalités sont proposées. L’objectif est de montrer des exemples concrets et de donner des outils réutilisables dans chaque établissement.

    Le programme comprend notamment une simulation intégrée NOVI/AMAVI sur table, un exercice d’attaque cyber, des mises en situation de triage de blessés et des séquences de gestion de crise. Le DU aborde aussi le débriefing et le retour d’expérience.

    Quelle est la place du leadership médical et des cadres de santé lors d’une crise ?

    La gestion hospitalière d’une crise nécessite un leadership médical et soignant structuré. Il repose notamment sur le directeur médical de crise (DMC) et le cadre de santé de crise (CSC). Ce leadership agit à deux niveaux : la cellule de crise hospitalière et à un niveau opérationnel.

    Dans la cellule de crise, le DMC et le CSC apportent une lecture médicale et soignante de la situation. Ils aident à anticiper les points de rupture. Ils éclairent les décisions du directeur d’établissement et du président de la CME. Ils peuvent aussi fournir des éléments utiles à la communication.

    Le second niveau est opérationnel, au contact des victimes et des équipes soignantes. Le DMC et le CSC organisent les parcours, coordonnent les flux et suivent les ressources : professionnels disponibles, lits, matériel, médicaments. Ils font remonter à la cellule de crise les éléments permettant d’éviter le dépassement des capacités de l’établissement.

    Quel est l’apport spécifique du DU dans la professionnalisation des acteurs hospitaliers de la crise ?

    Le DU de médecine hospitalière de Catastrophe répond à un besoin commun à tous les établissements de santé : professionnaliser les acteurs hospitaliers de la crise. La réponse aux situations sanitaires exceptionnelles ne peut pas reposer seulement sur l’expérience individuelle, l’intuition ou la bonne volonté des équipes.

    Les participants s’approprient les dispositifs ORSAN, AMAVI, risque infectieux, risque NRBC, médico-psychologique et EPI-CLIM. Ils travaillent aussi leur articulation avec la réponse préhospitalière – ORSEC, SAMU – et avec les autres plans : sécurisation, risque cyber, plan de continuité d’activité.

    L’apport est aussi opérationnel. La formation donne une place importante aux exercices, aux simulations, aux jeux de rôle et aux retours d’expérience. Les participants apprennent à analyser une situation, prioriser, communiquer, coordonner et décider dans des situations inhabituelles.

    Le DU développe enfin une culture interdisciplinaire. La crise nécessite un travail partagé entre médecins de toutes spécialités, chirurgiens, psychiatres, radiologues, biologistes, pharmaciens, cadres de santé, directions hospitalières, SAMU, ARS, forces de sécurité et Service de santé des armées. Cette coordination ne s’improvise pas.

    Le diplôme forme à la compréhension des crises et à l’action en crise.