Sabrina Reinberger, stagiaire du Diplôme interuniversitaire de formation des professionnels de santé à la prise en charge de la douleur

Qui êtes vous ?
Je suis Sabrina Reinberger, Infirmière depuis plus de 22 ans et puéricultrice depuis 2004. J’ai consacré ma carrière à la prise en charge des enfants aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS). Mon parcours m’a amenée à exercer dans plusieurs services spécialisés, chacun apportant une vision complémentaire du soin et de la gestion de la douleur :
2002-2004 : Infirmière en soins intensifs de néonatalogie, où j’ai découvert l’impact des soins invasifs sur le nouveau-né prématuré et la nécessité d’adopter des stratégies adaptées à leur vulnérabilité.
2005-2013 : Puéricultrice aux urgences médico-chirurgicales pédiatriques, où j’ai appris à gérer des douleurs aiguës variées (traumatismes, brûlures, interventions en urgence), souvent dans un contexte stressant pour l’enfant et ses parents.
2014-2016 : Puéricultrice en soins intensifs de néonatalogie, renforçant ma compréhension de la douleur chez le nouveau-né et de la nécessité d’une approche préventive et multidisciplinaire.
Depuis 2016 : Puéricultrice au ophtalmologie, dans des services où la gestion de la douleur est centrale : ophtalmologie, policlinique et chirurgie ambulatoire.
Pourquoi avez-vous choisi cette formation ?
Au fil de ces expériences, j’ai constaté à quel point une mauvaise prise en charge de la douleur pouvait impacter le vécu d’une hospitalisation et la coopération de l’enfant lors des soins. La douleur n’est pas seulement physique : elle est aussi émotionnelle, influencée par l’environnement et la posture des soignants.
- Déjà référente en pédiatrie, j’ai voulu aller plus loin en suivant le Diplôme Interuniversitaire de Formation des Professionnels de Santé à la Prise en Charge de la Douleur (2023-2024, Université de Strasbourg) pour :
- Affiner mes connaissances des mécanismes de la douleur et des méthodes d’évaluation adaptées à chaque âge, du nourrisson à l’adolescent.
- Développer une approche globale de la prise en charge de la douleur, combinant traitements médicamenteux et techniques non médicamenteuses (hypnoanalgésie, distraction, enveloppement, etc.).
- Sensibiliser et former les équipes soignantes afin d’améliorer l’application des protocoles et l’utilisation des échelles d’évaluation de la douleur.
Grâce à ce DIU, j’ai pu légitimer l’utilisation du MEOPA (Mélange Equimoléculaire Oxygène Protoxyde d’Azote) en ophtalmologie au sein des HUS, un gaz analgésique souvent sous-estimé mais d’une efficacité précieuse dans le cadre des soins douloureux et anxiogènes.
Mes actions concrètes :
- Mise en place du protocole d’utilisation du MEOPA pour certaines procédures ophtalmologiques.
- Sensibilisation et formation des équipes aux bénéfices de son utilisation, notamment en diminuant la peur et l’inconfort des jeunes patients.
- Amélioration de la prise en charge des soins sous MEOPA, en combinant ses effets à d’autres approches non médicamenteuses comme la distraction et l’hypnoanalgésie.
- Un regard élargi sur la gestion de la douleur et le bien-être du patient
Au-delà des connaissances acquises, ce DIU m’a permis d’explorer d’autres approches complémentaires pour améliorer l’expérience des enfants hospitalisés. Parmi elles, certaines notions, comme l’importance de l’environnement sensoriel et de l’ambiance apaisante dans la gestion de la douleur, ont nourri ma réflexion.
Dans ce cadre, j’ai notamment découvert le concept Snoezelen, qui propose une approche basée sur la stimulation multisensorielle dans un espace sécurisant et rassurant. Cette ouverture m’a amenée à réfléchir à des projets d’amélioration du cadre de soins, intégrant des éléments favorisant la détente et la diminution de l’anxiété des jeunes patients.
Pourquoi à l’université de Strasbourg ?
J’ai choisi ce DIU pour la richesse de son approche interdisciplinaire (mêlant médecine, soins infirmiers, psychologie, pharmacologie, etc.), et pour la qualité de l’enseignement dispensé par des experts. En tant que soignante aux HUS, cela m’a aussi permis d’adapter directement mes nouvelles connaissances à ma pratique quotidienne.
Comment avez-vous financé cette formation ?
Ce DIU a été financé dans le cadre du plan de formation continue des HUS, une opportunité précieuse qui permet aux soignants d’évoluer tout en poursuivant leur activité.
Que vous a-t-elle apporté ?
– Une meilleure compréhension de la douleur pédiatrique, de ses spécificités et de son retentissement sur le développement de l’enfant.
– Un enrichissement de ma pratique quotidienne, avec l’intégration d’outils concrets comme l’hypnoanalgésie, les techniques de distraction et l’accompagnement parental dans la gestion de la douleur.
– Une posture plus affirmée de référente, me permettant de partager ces connaissances avec mes collègues et de proposer des pistes d’amélioration au sein des services.
Qu’avez-vous le plus apprécié ?
- Les échanges avec des professionnels d’horizons variés (médecins, infirmiers, psychologues, sociologue…), qui ont permis une approche globale et complémentaire de la douleur.
- La diversité des enseignements, alternant théorie et cas cliniques concrets, favorisant une mise en application rapide des apprentissages.
- L’ouverture vers d’autres approches innovantes, qui m’ont amenée à envisager la gestion de la douleur sous un angle encore plus global.
Un conseil à donner aux futurs stagiaires ?
- Soyez organisé(e) dès le début : le programme est dense, et on ne se rend pas toujours compte de l’ampleur des connaissances à assimiler.
- Faites des fiches régulièrement : elles vous seront précieuses pour les révisions et vous éviteront d’être submergé(e) à l’approche des évaluations.
- Ne vous y prenez pas à la dernière minute : la charge de travail est importante, et un apprentissage progressif permet d’assimiler les concepts plus efficacement.
Entreprenez cette formation avec curiosité et ouverture d’esprit. Ce DIU est une véritable boîte à outils pour améliorer la prise en soin des patients, mais aussi pour développer une posture de soignant plus attentive et proactive face à la douleur. C’est une formation qui impacte non seulement notre pratique, mais aussi notre manière d’interagir avec les patients et leurs familles. Ce DIU devrait être obligatoire pour tous les soignants.